Revue de presse septembre 2026
Tunisie
- InfoMigrants, « Migrants and NGOs allege ‘inhumane’ treatment in Tunisia leading to an increase in ‘voluntary’ return », le 22 septembre 2026
Plus de 4 000 « retours volontaires » assistés par l’OIM ont été recensés depuis janvier 2026. En Tunisie, ces expulsions déguisées se multiplient sous la pression du racisme, des violences et de conditions de vie très dures pour les personnes exilées en provenance d’Afrique subsaharienne. Ce climat de violence et de racisme est nourri par le président tunisien Kaïs Saïed qui, depuis février 2023, emploie une terminologie xénophobe incitant à la haine des personnes noires, et les présente comme une menace pour la société [1]. En parallèle, les autorités tunisiennes mènent un programme de « retours » opaque : des personnes seraient détenues pendant des mois dans un camp près de Sfax, et des refoulements vers la Libye ont été dénoncés. Trois ans après le protocole d’accord UE-Tunisie - dans lequel l’Union européenne s’est engagée à verser plus de 100 millions d’euros à la Tunisie, dont une partie est destinée au contrôle des frontières et à l’expulsion des personnes exilées [2], plus de 40 ONG dénoncent des violences racistes, des détentions arbitraires et des expulsions collectives, et jugent l’Union européenne complice de ces violations des droits.
En effet, en faisant de la facilitation des expulsions un axe de cette coopération, l’UE porte une responsabilité politique dans la dégradation de la situation des personnes exilées en Tunisie, conséquence directe de sa politique d’externalisation.
Gambie
- InfoMigrants, « Route des Canaries, plus de 1 000 migrants partis de Gambie secourus en une semaine au large de l’Afrique de l’Ouest « dans un état critique » le 9 septembre 2026
Fin août 2026, plus de 1 000 personnes ont été secourues en mer en l’espace d’une semaine par Médecins sans frontières (MSF), après avoir tenté de rejoindre les îles Canaries depuis la Gambie. Ces dernières années, les accords formels ou informels conclus entre l’Union européenne, l’Espagne et la Mauritanie, le Maroc et le Sénégal ont contribué à déplacer progressivement les routes migratoires vers le sud. La Gambie est ainsi devenue le principal point de départ de la route atlantique, qui s’étend désormais sur près de 2 000 km, et compte parmi les plus longues et les plus dangereuses au monde. Début septembre, plus de 80 personnes avaient déjà péri sur cette route après avoir quitté la Gambie à bord de pirogues.
Les naufrages sur la route des Canaries ne peuvent être dissociées des partenariats migratoires entre l’Union européenne et les pays d’Afrique de l’Ouest, qui s’inscrivent dans une politique européenne d’externalisation du contrôle des frontières visant à empêcher les personnes exilées d’atteindre le territoire européen [3]. En Mauritanie, le partenariat conclu avec l’UE en 2024, doté de 210 millions d’euros, renforce notamment les capacités de contrôle des frontières et d’interception des personnes exilées [4]. Au Sénégal, l’UE a consacré 30 millions d’euros au contrôle migratoire en octobre 2024. Ces dispositifs renforcent les contrôles côtiers, les rafles et les expulsions massives, contraignant à déplacer les points de départ toujours plus au sud, vers la Gambie et la Guinée, ce qui allonge les traversées et augmente les risques de naufrage et de disparition.
Libye
- Soudan Tribune, « Rights monitor says 1,900 Sudanese detained in Libya, alleges abuse and extorsion », le 16 septembre 2026
Selon l’Observatoire des droits humains de Gezira, environ 1 900 ressortissant·es soudanais·es (dont des femmes et des enfants) seraient actuellement détenu·es dans plusieurs camps en Libye, notamment à Benghazi et Tobrouk, sans base légale et dans des conditions marquées par le manque de nourriture, d’eau et d’accès aux soins. Malgré l’accumulation depuis des années de preuves accablantes de violences, de détentions arbitraires, de torture, d’exploitation et d’esclavage en Libye, documentées notamment par Refugees in Libya et les organisations internationales, l’Union européenne et ses États membres poursuivent leur soutien aux dispositifs qui permettent d’intercepter et de ramener en Libye les personnes en migration. Ainsi, le mémorandum d’entente italo-libyen [5] de 2017 a de nouveau été renouvelé en février 2026, et depuis 2017, l’UE finance, forme et équipe les soi-disant garde-côtes libyens, et apporte un soutien technique au département libyen de « lutte contre l’immigration illégal » pour la gestion des camps et prisons où les exilé·es sont enfermé·es. Le jugement rendu en le 31 mars 2026 par le Tribunal permanent des peuples met en évidence, en Libye, un système articulant interceptions en mer, refoulements, enfermement, torture, traite et exploitation, rendu possible et durable par les coopérations européennes.
Croatie
- Balkan Insight, « Croatia Pushes For Stronger Frontex Role On Western Balkan Migrant Route », le 22 septembre 2026
Le ministre de l’Intérieur croate appelle au renforcement de la présence de l’agence européenne Frontex à la frontière avec la Bosnie Herzégovine, affirmant que 95% des personnes en migration arrivant sur son territoire par la route des Balkans occidentaux passent par cette frontière. Les ministres de l’Intérieur italien, slovène et croate se sont ainsi réunis le 22 septembre 2026 à Pordenone, en Italie, en vue de resserrer les liens de coopération entre leurs trois pays en matière de contrôle des frontières.
Le renforcement de la mission de Frontex participe à la militarisation croissante de la frontière bosno-croate, devenue un espace fortement surveillé en amont de l’espace Schengen. Depuis l’adhésion de la Croatie à l’UE, puis à Schengen, les moyens humains, technologiques et financiers consacrés à la fortification de cette frontière se sont considérablement accrus, faisant notamment de la Bosnie-Herzégovine un « sas filtrant » [6] des mobilités vers l’UE. Le déploiement de Frontex en Bosnie-Herzégovine prolonge cette dynamique : l’accord sur le statut entre l’Union européenne et la Bosnie-Herzégovine concernant les activités opérationnelles de Frontex conclu en 2025 permet à l’agence de mener des opérations conjointes sur l’ensemble des frontières du pays, et plus de 100 agents Frontex y ont été déployés dès octobre 2025 [7].
France
- Libération, « L’accord d’échange stratégique d’échange de migrants « un pour un » entre la France et le Royaume-Uni est terminé annonce Londres », le 30 septembre 2026
L’accord « one in, one out » entre la France et le Royaume-Uni expire le 1er octobre 2026, après avoir été prolongé en juin. Le ministre britannique de l’Intérieur a regretté que le dispositif n’ait pas atteint la « cadence espérée », laissant entendre qu’il aurait souhaité davantage d’expulsions vers la France. Depuis sa mise en œuvre, 1 500 personnes ayant traversé la Manche vers le Royaume-Uni ont été renvoyées en France, tandis que 1 500 personnes ayant demandé l’asile en France ont été admises au Royaume-Uni. Pour le ministre français de l’Intérieur, l’accord n’a pas vocation à être reconduit car la France n’a pas à en assumer seule la mise en œuvre. Un dispositif similaire pourrait toutefois être envisagé entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.
Cet énième accord franco-britannique s’inscrit dans une politique d’externalisation du contrôle migratoire amorcée avec les accords du Touquet (2003), qui ont déplacé une partie des contrôles frontaliers britanniques sur le territoire français. Cette dynamique a été prolongée par le traité de Sandhurst (2018), renouvelé en avril 2026, qui prévoit jusqu’à 766 millions d’euros de financement britannique pour renforcer les dispositifs de contrôle en France [8]. Les conséquences de cette externalisation sont documentées, le Samu Social ayant notamment noté une augmentation des violences physiques et psychologiques subies dans les camps britanniques envers les personnes en migration expulsées du Royaume-Uni vers la France, au titre de l’accord « one in one out » [9]. En plus d’une surveillance aérienne, des navires de l’agence Frontex sont déployés dans la Manche [10], et le rapport du 25 mars 2026 de l’association Border Forensics montre plus largement que le renforcement des politiques visant à empêcher les départs a contribué à rendre les traversées de la Manche plus dangereuses et à augmenter les décès depuis 2023 [11]. L’accord « one in one out » transforme l’accès à la protection en mécanisme d’échange et marchande des vies humaines [12], et ne doit pas être pris pour modèle pour les négociations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni.
Italie
- Ansa, « Nuovo Stop a Schengen con la Spagna, Madrid risponde con altri 15 giorni di controlli », le 30 septembre 2026
Le 30 septembre, l’Italie a prolongé pour la troisième fois, pour 15 jours supplémentaires, la suspension de la libre circulation des personnes avec l’Espagne. Cette mesure a été mise en place le 1er août en réaction aux évènement des 30 et 31 juillet de Ceuta [13]]. Madrid dénonce cette décision, rappelant qu’en 2023, lors de l’arrivée importante de personnes exilées à Lampedusa, l’Italie avait bénéficié de la solidarité européenne. En réponse, l’Espagne a décidé de prolonger à son tour de 15 jours les contrôles visant les voyageurs en provenance d’Italie. Sur le plan national, le ministre de l’Intérieur italien Matteo Piantedosi annonce l’accélération de la création de nouveaux centres de rétention (CPR - Centri di Permanenza per il Rimpatrio ), avec six nouvelles structures prévues dans plusieurs régions italiennes. Le gouvernement italien se félicite également des plus de 6 500 expulsions réalisées depuis le début de l’année et prévoit un nombre record d’expulsions en 2026.
La position italienne n’est pas sans précédent : à l’instar de huit autres États membres de l’Union européenne depuis 2015, l’Italie avait déjà rétabli, pendant près de la moitié de l’année 2024, des contrôles à ses frontières intérieures [14]. Le recours à la suspension du libre espace de circulation, à laquelle s’ajoute la création de nouveaux camps destinés à l’expulsion des personnes exilées en Italie, témoigne d’une même dynamique : celle d’une restriction toujours plus importante de la mobilité des personnes migrantes, aux frontières extérieures et intérieures de l’UE, et à l’intérieur même des États membres.
Espagne - Ceuta
- Reuters, « Ceuta mass migrants crossing handling ‘responsability of all EU’ Spanish king says », le 29 septembre 2026
Le 29 septembre, le roi d’Espagne Felipe VI a affirmé que la gestion de la situation à Ceuta relevait de la responsabilité de l’ensemble de l’Union européenne. Selon lui, les États membres qui jouxtent les frontières extérieures de l’espace Schengen ne peuvent assumer seuls les conséquences des mouvements migratoires, et doivent bénéficier d’une coopération et de ressources renforcées. Cette déclaration intervient deux mois après l’arrivée d’environ 70 000 personnes dans l’enclave de Ceuta. Dans ce contexte, le Président du gouvernement Pedro Sánchez envisage de modifier les règles nationales relatives à l’asile, afin de refouler plus rapidement les personnes arrivées sur le territoire espagnol.
Les événements de Ceuta ont en effet révélé les limites du partage des responsabilités entre États membres. Le Pacte européen sur la migration et l’asile, en application au sein de l’Union depuis juin 2026, prévoit, en cas d’arrivées nombreuses et exceptionnelles aux frontières européennes, un mécanisme de solidarité obligatoire aux modalités flexibles, laissant aux États membres la possibilité de choisir la forme de leur contribution solidaire, entre relocalisations, contributions financières ou soutien opérationnel [15]. Or, à Ceuta, cette contribution s’est donnée à voir par un appui financier et opérationnel en vue de la contention des mouvements migratoires. En aucun cas par l’accueil des personnes exilées : aucune répartition des responsabilités (ou relocalisations) n’a été mise en œuvre. Les États membres ont exprimé leur « solidarité » avec l’Espagne en saluant la « gestion de la crise » par des renvois rapides au Maroc, et en insistant sur le renforcement des frontières européennes. Le 9 septembre, la Commission européenne a ainsi annoncé une aide d’urgence de 114,7 millions d’euros à l’Espagne, accompagnée d’un soutien renforcé des agences européennes. Aussi, les évènements de Ceuta illustrent-ils sans surprise la faillite de la solidarité dans l’accueil des personnes exilées, faute de volonté politique, et la victoire du tout répressif.
Royaume-Uni
- BBC, « RNLI volunteer targeted online and branded ‘traitor’ after Porthmouth protests », le 9 septembre 2026
Un bénévole de la RNLI (Royal National Lifeboat Institution) a été pris pour cible en ligne et victime de messages de haine après avoir été filmé en tenue de sauvetage par des militants d’extrême droite. Ceux-ci avaient organisé une manifestation à proximité du port de Portsmouth, après le débarquement de dizaines de personnes exilées arrivées à bord d’une embarcation ayant traversé la Manche depuis la baie de Seine. Refusée par les ports de Portsmouth et de Southampton, l’embarcation avait finalement été conduite à Eastney, où des centaines de manifestant·es ont bloqué les routes pour empêcher le départ des bus post-débarquement. Les images de l’équipage, que des publications virales sur X (plus de deux millions de vues cumulées) accusaient de faciliter une « invasion », ont donné lieu à du harcèlement et des menaces en ligne.
Cet épisode illustre la stigmatisation croissante du sauvetage en mer : les sauveteurs de la RNLI sont désormais eux-mêmes pris pour cible, accusés de faciliter l’immigration [16]. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large de criminalisation du sauvetage et de la solidarité, qui se traduit notamment par la réforme de la directive « facilitation ». Celle-ci pourrait élargir les possibilités de poursuivre les personnes venant en aide aux personnes exilées [17].
Le vocabulaire de l’« invasion », associé à des métaphores liquides (flux, vagues ou encore submersion), contribue à déshumaniser les personnes exilées et à les ériger en menaces. La diffusion de cette rhétorique dans l’espace public contribue ainsi à légitimer des politiques de contrôle et de dissuasion toujours plus répressives, exposant les exilé·es, comme celles et ceux qui leur portent assistance, à des campagnes de haine, de menaces et de criminalisation.
Return hubs
- Le Monde, « Cinq pays européens s’entendent sur la mise en place de hubs de retour pour demandeurs d’asile déboutés », le 4 septembre 2026
Le Danemark, l’Autriche, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Grèce veulent mettre en place des « hubs de retour » dans des pays non-membres de l’UE pour y expulser des personnes dépourvues de droit de séjour sur le territoire européen. Réunis à Copenhague le 4 septembre 2026, les cinq États ont annoncé vouloir parvenir à un accord de principe avec un pays tiers, le Rwanda et l’Ouganda étant parmi les pistes envisagées. Ces camps seraient financés par les États européens dans le cadre du nouveau règlement « Retour » adopté en juin, qui autorise désormais ces camps extraterritoriaux. Leur objectif est de conclure un accord d’ici à la fin de 2026, pour une mise en œuvre en 2027.
Après les échecs des deals Royaume-Uni-Rwanda [18] et Italie-Albanie [19], qui se sont heurtés aux juridictions et aux garanties du droit européen et national [20] , l’Union européenne - loin d’en tirer les leçons - dispose désormais d’un nouveau cadre juridique pour externaliser les expulsions et ses responsabilités, faisant peser des risques importants sur l’accès aux droits des personnes exilées, notamment quant au principe de non-refoulement.
Pacte européen sur la migration et l’asile
- Rapporteur, « Les capitales de l’UE envisagent des modifications du Pacte sur la migration », le 25 septembre 2026
Seulement trois mois après l’entrée en application du Pacte européen sur la migration et l’asile, 18 pays européens se sont réunis à Munich le 26 septembre pour envisager de nouvelles modifications du texte. Parmi les pistes discutées : faciliter la révocation du statut de protection, notamment pour les personnes condamnées pour des infractions graves, créer une base juridique pour le recours à l’IA pour l’interprétation lors de la procédure d’asile, et étendre le système Eurodac aux données recueillies lors du filtrage aux frontières. Ces propositions interviennent alors que plusieurs États européens préparent la création de return hubs hors de l’UE, et que le mandat de l’agence Frontex va être renforcé, des éléments qui participent au durcissement des politiques migratoires européennes au-delà de ce que le Pacte prévoit déjà.
Cette volonté de réviser le Pacte quelques mois seulement après son entrée en application témoigne de la surenchère d’une politique migratoire toujours plus répressive. Le retrait facilité de la protection, l’extension d’Eurodac et le recours envisagé à l’IA dans l’asile renforcent une logique de traçabilité et de gestion technologique des personnes exilées, au risque d’affaiblir leurs garanties d’accès à la protection. Cette surenchère sécuritaire se traduit également par le renforcement annoncé de l’agence Frontex : en 2024, dans son discours de réélection, Ursula von der Leyen proposait d’augmenter encore les effectifs de l’agence Frontex pour atteindre 30 000 agents en 2027 [21]. Dans son discours sur l’état de l’Union du 16 septembre 2026, elle annonce le renforcement des pouvoirs et des moyens de l’agence Frontex, notamment pour accélérer les expulsions [22]. Elle prévoit par ailleurs de renforcer la coopération de l’agence avec les pays tiers à l’UE, en particulier en matière de surveillance et d’expulsions.
Décryptage des politiques migratoires européennes