Revue de presse janvier 2026

 Libye

En Libye, 21 corps d’exilé·e·s ont été découverts mi-janvier dans une fosse commune à Ajdabiya, dans le nord-est du pays. Selon les autorités locales, les victimes étaient détenues dans une ferme transformée en lieu de détention pour les personnes exilées. Plusieurs survivant·e·s, retrouvé·e·s dans un état critique, ont permis de localiser le charnier.

Des fosses communes sont régulièrement découvertes en Libye [1], et des violations des droits fondamentaux des personnes exilé·e·s y sont constamment dénoncées [2]. Pourtant, l’Union européenne persiste à collaborer avec la Libye, aussi bien dans le cadre de financements [3] accordés pour « renforcer le contrôle aux frontières » et « la gestion des migrations », que pour former et équiper les « garde-côtes » libyens [4]. De cette façon, l’Union européenne contribue à maintenir un système meurtrier pour les personnes exilées en Libye et partant, elle engage sa responsabilité dans les violations massives des droits humains dans le pays [5].

 Mauritanie

En déplacement à Dakar les 8 et 9 janvier, le Premier ministre mauritanien Moctar Ould Diay a affirmé que « tous les ressortissant·e·s du continent africain et de la sous-région [étaient] les bienvenu·e·s en Mauritanie ». En proposant d’accepter sur son sol l’ensemble des ressortissant·e·s du continent africain, la Mauritanie offre une solution aux États européens, qui, confrontés à des impossibilités matérielles et juridiques, ne peuvent pas mettre en œuvre l’ensemble des obligations de quitter le territoire qu’ils délivrent.

Cette déclaration intervient alors que Nouakchott est constamment épinglé pour porter atteinte aux droits fondamentaux des personnes exilées [6]. Du fait de son ouverture sur la côte atlantique et de sa proximité avec les îles Canaries, la Mauritanie est devenue un pays de transit majeur vers l’Europe. En mars 2024, elle a signé un partenariat migratoire avec l’Union européenne moyennant un financement de plus de 200 millions d’euros pour « empêcher les départs » et en octobre 2025, l’Union y a financé et construit deux « centres d’accueil temporaire des étrangers » [7].

En déléguant la gestion de ses frontières, l’Union européenne a contribué à renforcer et multiplier les violences commises à l’encontre des personnes exilées [8], pour qui, la Mauritanie n’est pas un pays sûr [9], au vu notamment des refoulements aux frontières sénégalaise et malienne, des arrestations massives in situ, ou même de la hausse des retours dits « volontaires ».

 Rwanda

Le Rwanda a engagé une procédure d’arbitrage devant la Cour permanente d’arbitrage de La Haye contre le Royaume-Uni pour réclamer 50 millions de livres,après que le pays a suspendu les paiements prévus dans le cadre de l’arrangement conclu entre les deux États en 2022 [10], dont l’objectif était de sous-traiter au Rwanda les demandes de protection jugées irrecevables par le Royaume-Uni. En somme, il s’agissait d’envoyer au Rwanda les personnes arrivées sur le territoire britannique de manière dite « irrégulière », pour que le Rwanda gère leur demande de protection. Après moult rebondissements judiciaires et politiques, et à la suite de la victoire du Labour aux élections générales britanniques en juillet 2024, Keir Starmer avait en effet renoncé au deal, le déclarant « mort et enterré » [11].

Ce contentieux souligne la logique marchande,propre à l’externalisation, qui « permet à des régimes autoritaires non-européens de se renflouer économiquement et d’être réhabilités au niveau diplomatique » [12]. Il révèle en outre les limites de cette externalisation, l’arrangement ayant notamment été abandonné en raison des réserves émises par la justice britannique [13], qui avait statué en ce sens que le Rwanda n’était pas un « pays tiers sûr » et qu’il existait des motifs sérieux de croire que les demandeurs d’asile renvoyés y couraient un risque réel d’être soumis à des mauvais traitements. Si le Rwanda a réaffirmé à cette occasion son engagement pour apporter sécurité, dignité et opportunités aux personnes exilées, cette position continue de contraster avec les atteintes aux droits dénoncées in situ [14].

  Tunisie

Après 20 mois de détention, Sherifa Riahi, ancienne directrice de Terre d’asile Tunisie, a finalement été remise en liberté le 6 janvier 2026 à l’issue de son procès. Pour rappel, l’ancienne directrice de Terre d’asile Tunisie était poursuivie – avec d’autres cadres de l’association et des élu·e·s locaux – pour avoir « facilité l’entrée, l’hébergement et l’installation de personnes en situation irrégulière ».

Bien que condamnées à deux ans de prison, les personnes poursuivies ont été remises en liberté, mais leur peine a été assortie d’un sursis compte tenu de la durée de leur détention« provisoire ». Toutefois, ce sursis constitue un moyen de pression du pouvoir tunisien sur les élu·e·s locaux et les défenseur·euse·s des droits pour entraver leurs actions. Par ailleurs, se poursuivent les attaques répétées du gouvernement du président Kaïs Saïed à l’encontre des défenseur·euse·s des droits humains [15].

  Espagne

Alors que l’Union européenne est en passe d’entériner la création de « centres de retour » hors de ses frontières pour les demandeur·euse·s d’asile débouté·e·s, l’Espagne s’y oppose. Son ministre de l’Intérieur estime que ces centres constituent une fausse solution dont les effets juridiques et politiques sont préoccupants,au regard en particulier des centres de Tirana [16].

Si l’Espagne fait figure d’exception, cette position s’accompagne toutefois d’un discours sur l’efficacité du modèle espagnol qui consiste à externaliser et déléguer la gestion des frontières à des États tiers à l’Union européenne pour empêcher les départs vers l’Europe [17]. Cette stratégie repose bien sur la sous-traitance du contrôle migratoire à des États où les violations des droits des personnes exilées sont largement documentées [18].

Si l’on peut se réjouir du fait que l’Espagne prenne ses distances avec les « return hubs », sa politique migratoire reste pleinement inscrite dans la stratégie européenne d’externalisation, laquelle déplace toujours plus loin ses frontières et la gestion de l’asile, et sacrifie les droits humains au nom de la dissuasion.

Le gouvernement espagnol a approuvé, le 27 janvier 2026, un décret-loi visant à régulariser 500 000 personnes en situation administrative dite « irrégulière ». La mesure concerne les étranger·e·s présent·e·s en Espagne depuis au moins cinq mois fin 2025, sans casier judiciaire, ainsi que certain·e·s demandeur·euse·s d’asile dont la demande a été déposée avant le 31 décembre 2025. L’examen des demandes de titres de séjour - valables un an pour les adultes et cinq ans pour les mineur·e·s - commencera à compter du 1er avril et se fera par le biais d’une procédure accélérée n’excédant pas trois mois.

Cette opération de « régularisation » extraordinaire, née d’une initiative législative populaire signée par plus de 700 000 personnes, est le résultat d’années de luttes portées par les personnes exilées elles-mêmes, avec le soutien des associations de défense des droits humains [19]. L’Espagne assume ainsi un choix politique fort, comme elle l’a déjà fait à plusieurs reprises. En effet, le pays cumule un programme de régularisation continue (notamment à travers l’enracinement social ou professionnel - arraigo) et des opérations extraordinaires, lorsqu’un large groupe est visé par des politiques temporaires, comme ce fut notamment le cas en 2005 [20], ou encore à l’occasion de la réforme du Règlement de la loi sur les étrangers (Extranjeria) en 2025.

Ce choix va largement à contre-courant des politiques restrictives menées ailleurs en Europe. Il n’en demeure pas moins que cette régularisation, justifiée par la nécessité de soutenir la « croissance économique », obéit à une logique d’utilitarisme migratoire en répondant à un besoin de main-d’œuvre et à des contraintes démographiques.

 Belgique

La ministre belge de l’Asile et de la Migration, a annoncé que la Belgique allait augmenter l’aide financière à la « réintégration » des ressortissant·e·s syrien·ne·s « acceptant de retourner chez eux ». Présentée comme une mesure « volontaire », cette politique repose sur une incitation financière dégressive selon l’avancée de la procédure d’asile, et s’accompagne, dans « la mesure du possible », d’une interdiction de retour sur le territoire.

Cette stratégie s’inscrit dans une politique d’exclusion progressive des personnes exilées du système d’accueil belge, dont la précarisation organisée [21], sert de levier pour contraindre les « retours volontaires ». La Belgique rejoint ainsi d’autres États européens qui, depuis 2024 avec la chute du régime de Bachar el Assad, multiplient les dispositifs destinés à faciliter et contraindre le retour des ressortissant·e·s syrien·ne·s en Syrie et ce, en dépit de la persistance des violences, de l’instabilité politique et de l’absence de garanties de sécurité et de droits pour les personnes « renvoyées » [22].

 France

Le média Les Jours a rendu public un rapport de la CGT, faisant état de propos racistes, sexistes et homophobes tenus par des juges de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) envers des demandeur·euse·s d’asile, lors d’audiences directement ou a posteriori, pendant les délibérés. Pour rappel, cette juridiction est chargée d’examiner les recours dirigés contre les décisions de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), lui-même chargé de l’instruction des demandes d’asile.

Les témoignages, recueillis anonymement auprès d’agents de la juridiction, interrogent sur l’indépendance de la Cour et sur sa capacité à garantir un examen équitable des demandes de protection internationale, d’autant que des pressions sur l’institution et ses membres ont déjà été dénoncées [23]. Ces révélations mettent aussi en cause son fonctionnement, qui repose très majoritairement sur des juges vacataires (environ 500, contre seulement 26 magistrats professionnels et permanents), souvent retraités de la justice administrative, financière ou judiciaire, ou issus de l’université et de la haute fonction publique, notamment préfectorale. Insuffisamment formés aux enjeux spécifiques de l’asile, ces juges sont pointés du doigt pour avoir laissé transparaître « leurs convictions personnelles ou politiques ».

En exprimant des propos racistes, sexistes ou homophobes au sein de la juridiction, un juge compromet de facto sa neutralité et son impartialité, or cela est d’autant plus préoccupant que les décisions rendues menacent directement la sécurité et les droits fondamentaux des personnes exilées.

 Grèce

L’acquittement de Sara Mardini et de 23 autres bénévoles de l’ONG ERCI par le tribunal de Lesbos met fin à sept années de poursuites arbitraires et confirme que « fournir une aide humanitaire est une obligation, pas un crime ». Accusés de trafic de migrants, blanchiment d’argent et appartenance à une organisation criminelle, pour avoir mené des opérations de recherche et de sauvetage en mer Égée entre 2016 et 2018, les bénévoles risquaient jusqu’à vingt ans de prison.

Cette victoire au prétoire est révélatrice de la criminalisation de l’action humanitaire mise en œuvre par les autorités grecques pour dissuader les acteur·rice·s civils de recherche et de sauvetage en mer d’intervenir, là où pourtant les États se sont retirés. En effet, depuis 2019, les patrouilles navales étatiques ont déserté la mer Méditerranée au profit d’une surveillance aérienne [24]. Ainsi, en laissant prospérer ces poursuites judiciaires pendant des années, la Grèce a contribué à entraver l’action salvatrice des acteur·rice·s civils en mer,et à mettre en danger les personnes exilées.

 Portugal

Pour 2026, le Portugal préfère s’acquitter d’une compensation financière de 8,4 millions d’euros à l’Union européenne, plutôt que d’accueillir 420 demandeur·euse·s d’asile dans le cadre de l’entrée en application du « mécanisme de solidarité » issu du Pacte sur la migration et l’asile adopté en 2024, afin de « répartir équitablement les demandeur·euse·s d’asile sur le territoire de l’Union européenne » [25]. Si l’objectif poursuivi est la relocalisation des demandeur·euse·s d’asile, le Pacte institutionnalise un droit de refus moyennant le paiement d’une contribution financière de 20 000 € par personne non accueillie.

Alors qu’il vient juste d’entrer en application, le mécanisme de solidarité (« flexible »), révèle ses véritables enjeux : échapper au partage des responsabilités, financer la fortification des frontières et la détention. Avec ce Pacte, l’Union européenne prend le problème à l’envers en prétendant résoudre une situation dont elle est elle-même responsable, les traversées maritimes étant par exemple une conséquence directe de la fermeture des frontières européennes. Ce mécanisme est en réalité un dispositif fallacieux, qui organise la solidarité entre États membres dans la répression et le contrôle, non pas dans l’accueil des exilé·e·s.

 Suède

La Suède appelle l’Union européenne à franchir une nouvelle étape dans la politique de retour des ressortissant·e·s afghan·e·s. Son ministre des Migrations, Johan Forssell, plaide pour la mise en place d’un dispositif européen commun de délivrance de documents d’identité et de voyage afin de faciliter l’expulsion desdemandeur·euse·s déboutées de l’asile.

Déjà, en octobre 2025, 20 États membres avaient signé une lettre conjointe appelant la Commission européenne à prendre des « mesures coordonnées pour permettre le retour volontaire et forcé vers l’Afghanistan » [26]. En appelant l’Union européenne à ouvrir des « négociations techniques » avec les autorités talibanes de facto pour permettre les expulsions, les États s’enferment dans une contradiction majeure, en souhaitant négocier avec un régime qu’ils ne reconnaissent pas officiellement. D’autant que l’Afghanistan ne saurait être considéré comme un « pays d’origine sûr ». Depuis la reprise du pouvoir par les talibans en 2021, le pays continue d’être marqué par des violations massives des droits de l’Homme [27], rendant toute expulsion contraire au principe de non-refoulement et à l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’Homme.

 Royaume-Uni

Le Home Office a annoncé que les personnes exilées, principalement celles arrivées par la Manche, peuvent désormais se voir confisquer par la police leurs téléphones, sans arrestation ni contrôle judiciaire préalable. Les autorités sont aussi autorisées à procéder à des fouilles, notamment sur les mineurs, y compris des « fouilles buccales » pour chercher d’éventuelles cartes SIM.

Cette autorisation de saisie des téléphones portables est issue de la loi sur la sécurité des frontières, l’asile et l’immigration adoptée au Parlement en décembre 2025 [28]. Or, en introduisant des techniques de l’anti-terrorisme pour « lutter contre les réseaux de passeurs », cette loi stigmatise une nouvelle fois les exilé·e·s, qui du seul fait du franchissement de la frontière se trouvent présumé·e·s coupables de constituer une menace pour la sécurité.

Au-delà,ces nouvelles prérogatives de la police constituent plus largement une atteinte au droit à la vie privée et familiale. Déjà en 2022, la Haute Cour de justice avait jugé en ce sens que la confiscation et la fouille des téléphones portables par la police était contraire à l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme et aux lois sur la protection des données [29]. Une nouvelle décision en ce sens risque de raviver l’obsession de Keir Starmer, déjà engagé dans une surenchère politique face aux pressions de l’extrême droite, pour réformer la Convention [30].

Au Royaume-Uni, les demandeur·euse·s d’asile détenu·e·s en vue de leur renvoi vers la France dans le cadre de l’accord« One in, one out »,dénoncent leurs conditions de détention dans les centres de Harmondsworth et Brook House. A travers des rapports, témoignages [31], manifestations pacifiques dans les centres, les personnes exilées interpellent les instances de l’ONU, les organisations de défense des droits humains et les médias.

Dans un rapport collectif envoyé aux instances onusiennes, les détenu·e·s dénoncent de nombreuses violations de leurs droits : abus physiques, psychologiques et émotionnels extrêmes. Les exilé·e·s font notamment état de l’absence d’assistance juridique et notamment de l’impossibilité d’accès à un avocat, de soins médicaux insuffisants, voire inexistants, ainsi que de pratiques dégradantes généralisées. Dans ces conditions, beaucoup évoquent des épisodes de dépression, d’anxiété, d’isolement forcé et des tentatives d’automutilation.

Ces dénonciations, qui interviennent alors que le gouvernement britannique a renforcé son arsenal répressif en décembre 2025 [32], mettent en lumière l’iniquité de l’accord « One in, One out », qui prive les demandeur·euse·s d’asile de leur droit à un examen individualisé, et témoignent de l’injustice et du désespoir que les camps de détention génèrent parmi celles et ceux qui s’y retrouvent piégés.

Elles sont en outre révélatrices de l’érosion du droit d’asile et du traitement réservé aux demandeur·euse·s d’asile au Royaume-Uni, et au-delà en Europe.

 Obligations de quitter le territoire

Au dernier trimestre 2025,selon les chiffres de la Commission européenne [33],115 440 personnes ont reçu une obligation de quitter le territoire dans l’Union européenne. La France reste le pays qui en délivre le plus, devant l’Allemagne et la Grèce. Toutefois, seule une minorité de ces décisions sont effectivement suivies d’un départ. En 2025, 34 000 personnes ont quitté le territoire de l’Union européenne, dont une partie par des dispositifs de « retour volontaire ».

Une grande partie de ces obligations ne sont pas mises en œuvre, non par manque de volonté politique, mais parce qu’elles sont matériellement ou juridiquement impossibles (absence de laissez-passer consulaires, risques avérés dans le pays d’origine). Certaines nationalités, comme les ressortissant·e·s algérien·ne·s, sont particulièrement ciblées par ces obligations de quitter le territoire, alors même que les expulsions restent quasiment impossibles en raison du refus de l’Algérie de délivrer des laissez-passer consulaires [34].

Sans possibilité d’exécution, ces obligations de quitter le territoire organisent la précarisation des personnes exilées, en maintenant des milliers de personnes dans un vide juridique, sans droits ni accès à la régularisation, tout en les empêchant de travailler. Les obligations de quitter le territoire servent ainsi d’outil pour mettre à l’écart les exilé·e·s, tout en affichant une politique migratoire prétendument « maîtrisée », qui permet aux États de communiquer sur leurs « performances » en matière de retours forcés dans une Europe de plus en plus enferrée dans une hostilité patente envers les personnes en migration.

Revue de presse janvier 2026