6e édition du festival Ajapama Kodo organisé par AEC Niger

Décrypter l’impérialisme des frontières pour contrer la déshumanisation des personnes migrantes dans les pays de transit

Du 27 au 30 mars 2026 a eu lieu à Agadez la 6e édition du festival Ajapama Kodo dédié aux droits des migrant·e·s, organisé par AEC Niger.

Agadez, cité historique à la porte du désert, a accueilli la 6e édition du festival Ajapama Kodo (qui signifie "Bienvenue étranger" en langue fulfuldé), événement culturel dédié aux droits des migrant·e·s.

Le thème central de cette 6e édition était : "Décrypter l’impérialismes des frontières pour contrer la déshumanisation des personnes migrantes dans les pays de transit". Le festival a regroupé des acteurs civiques, des expert·es, décideurs locaux, leaders coutumiers, de nombreuses personnes migrantes de différentes nationalités et citoyen·nes locaux.

Le choix du thème de cette édition trouve sa justification dans le contexte mondial défavorable aux droits fondamentaux, ceux des migrant·e·s en particulier. Aujourd’hui, malgré les engagements pris par les États, la réalité de la migration est telle que les populations du Sud global ne jouissent pas de la liberté d’aller et venir consacrée par l’article 13 de la DUDH. Leur droit à la libre circulation est entravé par des mesures restrictives dictées par les pays occidentaux qui se sont arrogés le pouvoir de déterminer qui peut quitter son pays et sous quelles conditions. L’impérialisme des frontières étend l’européanisation et l’externalisation des politiques migratoires restrictives. Dans un contexte d’expansion du terrorisme et de conflits armés, la surveillance des frontières prend l’allure d’une obsession sécuritaire. Le regard porté sur les personnes migrantes en quête de protection internationale est plein de suspicions.

Au Niger, la décriminalisation de la migration intervenue en novembre 2023 [1] ne s’est pas accompagnée d’un changement de paradigme dans la gouvernance de la mobilité humaine. C’est toujours l’approche sécuritaire qui domine au détriment de la jouissance des droits fondamentaux. Dans le nord du pays, en plus d’une situation humanitaire très critique, les personnes migrantes sont confrontées à des opérations policières et à de l’intolérance de la part de la population d’accueil.

Cette atmosphère a pris une proportion inquiétante avec l’adoption en janvier 2025 d’une ordonnance sur l’entrée et le séjour des étrangers par le gouvernement réuni en Conseil des ministres. En décembre de la même année, les autorités militaires ont durci davantage la situation en adoptant une ordonnance 2025-242 déclarant la mobilisation générale. Ce texte permet de réquisitionner les personnes, les biens et les services pour contribuer à la défense de la patrie. Le ministère de l’Intérieur a pour mandat d’établir une banque de données actualisée relative aux citoyens et aux ressources matérielles devant être mobilisées et réquisitionnées. Cette ordonnance fait obligation à tout citoyen·ne de se soumettre à la réquisition et « d’informer les autorités publiques compétentes sur tout ressortissant de pays hostiles se trouvant sur le territoire national » sous peine d’emprisonnement de 10 à 15 ans et d’une amende de 1 à 10 millions de francs CFA.

C’est dans ce contexte de menaces multiformes que l’association Alternative Espaces Citoyens (AEC) a organisé ce mini-festival Ajapama Kodo. Cette édition poursuit trois objectifs spécifiques :

  • 1) Offrir aux participant·e·s des espaces d’échanges sur les enjeux et défis de la migration ;
  • 2) Analyser les impacts liés à la sécuritisation des frontières ;
  • 3) Proposer des recommandations concrètes aux décideurs et acteurs de la protection.

Initialement prévu en décembre 2025, cet événement n’avait pas eu lieu, en raison de la suspension des activités des ONG/AD par le ministère de l’Intérieur pour non publication des états financiers au Journal Officiel. La levée de cette suspension est intervenue en janvier 2026. C’est pour respecter son engagement de pérenniser ce rendez-vous annuel que AEC a décidé d’organiser un mini-festival dont les activités se sont étalées sur trois jours.

Programme

  • Jour 1 : Le premier jour a été consacré au lancement officiel, sous forme d’une conférence de presse avec les médias locaux.
  • Jour 2 : Le deuxième jour a été dédié à des projections de films et à une table ronde de dialogue autour du thème : "Militarisation des frontières et criminalisation de la mobilité humaine", dans laquelle est intervenue Brigitte Espuche pour représenter le réseau Migreurop.
  • Jour 3 : Le troisième jour a été consacré à une deuxième table ronde autour des enjeux de la nouvelle loi sur l’entrée et le séjour au Niger. Il était prévu également des projections de films documentaires et un dîner de solidarité avec les migrants vulnérables.

Tout au long du festival : des projections de film, des repas partagé, pour favoriser les échanges et repenser la migration et la lutte pour la liberté de circulation.