La situation à Malte au début de l’année 2004

| publié le avril 2004 |

Depuis l’été 2003, date à laquelle Migreurop exprimait ses premières inquiétudes, la situation des migrants et des demandeurs d’asile n’a cessé de se dégrader à Malte. Les personnes détenues dans les camps fermés de Floriana, Ta’Kandja et Safi ainsi que dans les centres dits « ouverts » de Hal far et Lyster vivent dans des conditions telles (les détenus ne sont autorisés à quitter leur cellule qu’une heure par jour...) que les tentatives d’évasion et les grèves de la faim se multiplient. En octobre 2003, 80 personnes originaires de l’Erythrée et d’Ethiopie ont mené une grève de la faim pour obtenir leur liberté. Cette action n’ayant pas abouti, une nouvelle grève a été entamée en décembre par des personnes détenues depuis 15 mois à Malte et ne pouvant accéder à aucune information sur leurs droits. En outre, bien que l’accès à l’intérieur des camps s’avère être quasiment impossible pour les journalistes, la presse évoque plusieurs cas de maltraitance. Le 3 novembre 2003, cette situation a pris une tournure encore plus dramatique avec le suicide d’un ressortissant algérien, dont la demande d’asile avait été rejetée à deux reprises, dans le centre de Floriana. Malgré cela, monsieur Tonio Borg, ministre de l’Intérieur maltais ne renonce pas à sa politique de mise à l’écart systématique des migrants et demandeurs d’asile arrivant à Malte. Lors d’une récente déclaration (à lier à l’approche des élections législatives d’avril 2004), il a prétexté que la forte densité de population sur l’île de Malte empêchait de garantir la liberté aux demandeurs d’asile pendant la durée de la procédure (qui peut être de deux ans).

Cette politique contredit totalement les termes de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés de 1951 qui prévoit que les Etats qui l’ont ratifiée (Malte l’a ratifiée en 1971) ne peuvent restreindre les déplacements des réfugiés qui, entrés irrégulièrement sur leur territoire, attendent que leur dossier soit traité, au-delà des limites du « nécessaire » (art. 31-2 de la convention). Il est en effet peu probable que soient considérées comme « restrictions nécessaires » des privations illimitées de liberté comme celles qui sont appliquées aux détenus étrangers des camps maltais. Cette inquiétude a d’ailleurs été exprimée par Amnesty International ainsi que par la délégation du HCR à Rome en novembre 2003. En octobre 2003, suite à une visite des différents centres de détention de Malte, monsieur Alvaro Gil-Robles, Commissaire aux droits de l’Homme au Conseil de l’Europe estimait que les conditions dans lesquelles sont enfermés les étrangers arrivant à Malte étaient « choquantes » et « inacceptables ». En janvier 2004, suite à la visite de plusieurs camps pour étrangers, monsieur Gavin Gulia, chef de l’opposition travailliste à Malte, comparait le camp d’Hal Far à un « camp de concentration » et a appelé la Commission des affaires sociales du Parlement maltais à se saisir de se dossier.

Selon Tonio Borg, 1680 « immigrés illégaux » ont échoué à Malte en 2002 tandis que 2204 personnes se sont vu refuser l’accès au territoire [NB : la population totale de Malte est de 392.000 personnes, pour une superficie de 316 km2, et 140 km de côtes]. Pendant l’année 2003, 350 personnes seraient arrivées à Malte. A la fin de l’année 2003, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, 500 migrants seraient retenus dans les centres de détention maltais (pour 40 en 2001). 53 statuts de réfugiés ont été accordés en 2003 tandis que 600 « immigrés illégaux » ont été expulsés vers leur pays d’origine (700 en 2002).

Le gouvernement maltais se plaint régulièrement des termes de l’accord signé avec l’Italie en 2001 selon lequel les immigrants arrivant en Italie et ayant transité par Malte doivent être expulsés vers l’île. Ainsi, le 21 septembre 2001, selon un schéma qui n’est pas sans rappeler la politique australienne, 162 personnes débarquées en Sicile ont été retournées vers Malte.

En fait, dans ce contexte de relations tendues avec le gouvernement italien, la question des relations avec les pays tiers s’avère être déterminant pour le gouvernement maltais. Ainsi, les 162 personnes que l’île de Malte a dû reprendre en septembre ont été à nouveau immédiatement expulsées par charter vers leur pays d’origine, la Tunisie. Le 23 octobre, Malte a participé au sommet de Rabat réunissant cinq pays européens (Italie, France, Espagne, Portugal) et cinq Etats du sud de la Méditerranée (Algérie, Libye, Mauritanie, Tunisie et Maroc). Alors que Malte n’est pas encore un Etat membre de l’Union européenne, sa participation à ce sommet visant à créer une « zone tampon » dans la rive sud de la Méditerranée témoigne de son importance stratégique pour l’Union européenne au cœur de la Méditerranée. D’ailleurs, depuis le mois d’août 2003, Malte peut négocier et signer des accords de réadmission avec des Etats tiers au nom de l’Union européenne. Autre signe de l’importance stratégique de Malte pour l’Union européenne, le gouvernement maltais a annoncé en janvier 2004 le choix de nommer monsieur Joe Borg, le ministre des Affaires étrangères, en tant que futur commissaire européen.

Sources presse

Times of Malta, 21/09/03

EU Business, 22/10/03

Times of Malta, 05/11/03

Malta Independent, 16/11/03

Times of Malta, 01/03/04

 

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