Revue de presse février 2026
Egypte
- InfoMigrants, « En Égypte, les arrestations de réfugiés africains se multiplient dans une vaste campagne de répression », le 25 février 2026
L’Égypte a lancé une campagne d’arrestations et d’expulsions de personnes exilé·e·s, dans le but d’enrayer les arrivées. Près de 5 000 migrant·e·s ont été placés en détention dans les commissariats pour des raisons liée uniquement à l’immigration, et plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent les mauvais traitements et les violences subis dans ces lieux de privation de liberté.
Ces violences ne sont pas inédites en Égypte, qui bafoue systématiquement ses responsabilités internationales en matière d’accueil et de protection (il a ratifié la Convention de Genève relative au statut des réfugiés) : les détentions arbitraires [1] de migrant·e·s et refoulements y sont une pratique courante. Pourtant, l’Union européenne et ses États membres n’ont cessé de renforcer leurs relations avec ce pays depuis le début des années 2000. Le partenariat UE–Égypte conclu en mars 2025, qui inclut une « coopération en matière de migration et mobilité » [2] , et la récente approbation des deux textes sur le concept de « pays sûrs » [3] consolident la tentative de délocaliser la violation des droits fondamentaux vers un pays « tiers ». À travers cette coopération sécuritaire et meurtrière, l’UE se rend indirectement responsable de ces violations.
Tunisie
- France24, « Tunisie : les autorités accusées de forcer les retours ’volontaires’ des migrants », le 3 février 2026
Depuis début 2026, les campements d’El Amra et Jebeniana, en Tunisie, font l’objet d’opérations policières répétées de démantèlement. L’objectif des destructions, confiscations et vols serait de pousser les exilé·e·s subsaharien·ne·s au « retour volontaire » dans leurs pays d’origine. Normalement gérés par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), ces retours sont également organisés et promus de manière opaque et informelle via des groupes WhatsApp, probablement en lien avec les autorités tunisiennes.
Le retour dit « volontaire » n’est pas un choix libre en Tunisie, mais le seul choix possible en l’absence d’alternatives sûres, se transformant de fait en expulsion déguisée et donc en un instrument de violation des droits fondamentaux [4].
Les opérations policières, les détentions arbitraires, les refoulements ou les expulsions via les « retours volontaires » subis par les migrant·e·s, ainsi que le racisme croissant en Tunisie, font du pays un lieu notoirement non sûr pour les exilé·e·s [5]. Pourtant, l’UE et ses États membres continuent à lui confier la gestion des mouvements migratoires vers l’Europe via le mémorandum d’entente conclu en 2023 entre la Tunisie et l’UE, largement soutenu par le gouvernement italien [6], ou les textes sur les « pays sûrs » approuvés par le Parlement Européen en février 2026.
Allemagne
- Politico, « Berlin to extend beefed-up border checks », le 16 février 2026
L’Allemagne prolongera jusqu’en septembre 2026 les contrôles à ses frontières internes, réintroduits en septembre 2024 et présentés comme un élément important de la réorganisation de la politique migratoire du pays.
Si la libre circulation est le principe fondateur de l’espace Schengen, le Code frontières Schengen (CFS) autorise depuis 2024 le rétablissement temporaire des contrôles intérieurs pour une durée maximale de six mois, sauf en cas de menace grave pour l’ordre public ou pour la sécurité nationale, ce qui justifierait une prolongation jusqu’à deux ans [7]. Depuis lors, dix États ont rétabli des contrôles aux frontières : la France (qui avait déjà réintroduit de tels contrôles de facto depuis 2015), la Pologne, la Suède, l’Autriche, la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas, l’Italie, l’Allemagne et la Slovénie.
Avec l’arrivée de Friedrich Merz au gouvernement et l’adoption d’une politique migratoire plus répressive, les frontières allemandes sont de plus en plus militarisées et plusieurs cas de renvois vers des pays comme l’Afghanistan ou le Pakistan ont été documentés. Malgré les décisions des tribunaux nationaux [8] et les signalements des organisation de défense de droits humains [9], le gouvernement n’a pas changé d’approche, invoquant la nécessité de « contenir les menaces à l’ordre et à la sécurité » représentées par une immigration dite « incontrôlée » [10]. L’Allemagne établit ainsi un lien de causalité entre migration et criminalité, alors qu’aucune corrélation directe entre les deux n’a pu être prouvée. Il s’agirait plutôt d’une perception biaisée, qui s’expliquerait par exemple par la surreprésentation des migrant·e·s dans certaines statistiques officielles et une plus grande visibilité médiatique des infractions commises par le migrant·e·s par rapport à celles commises par les nationaux [11]. Cette corrélation est néanmoins régulièrement instrumentalisée dans le débat public pour justifier de graves atteintes aux droits des personnes exilées, telles que refoulements et discrimination au faciès.
- InfoMigrants, « L’Allemagne expulse 20 criminels afghans vers Kaboul », le 27 février 2026
Le 26 février, l’Allemagne a procédé a une expulsion directe vers l’Afghanistan de 20 ressortissants afghans ayant été condamnés par la justice. En 2024, le gouvernement d’Olaf Scholz avait déjà expulsé des ressortissant·e·s afghan·e·s condamné·e·s, mais via le Qatar, qui se chargeait d’organiser leur renvoi à Kaboul. C’est la première fois, depuis la prise de pouvoir des talibans en 2021, qu’un État membre de l’UE procède à une expulsion directe vers l’Afghanistan, via un arrangement conclu en 2025 entre le gouvernement allemand et les talibans.
Cet accord informel viole le principe de non-refoulement et crée un précédent dangereux. Il s’inscrit dans une tentative plus large de plusieurs États européens de pousser l’UE à coordonner une stratégie d’expulsions directes vers l’Afghanistan [12]. Une tentative qui pourrait bien réussir, la Commission européenne ayant entamé depuis quelques mois des négociations avec les talibans en matière de « retours » [13]. Ces pratiques risquent de normaliser les relations avec un pays que le Haut-Commissariat aux droits de l’homme a qualifié de « cimetière des droits humains ».
Chypre
- InfoMigrants, « Cyprus intensifies migration enforcement operations », le 17 février 2026
Depuis mi-décembre, les opérations policières à Chypre visant à détecter les migrant·e·s sans droit au séjour se sont intensifiées. Selon les autorités, 160 personnes ont été expulsées et 480 ont effectué des retours dits « volontaires ».
Chypre assure actuellement la présidence de six mois du Conseil de l’UE et sa priorité actuelle est de démontrer sa performance en matière de gestion des frontières. Cette politique s’inscrit dans le contexte de sa candidature à rejoindre l’espace Schengen, prévue plus tard en 2026.
Chypre a déjà été plusieurs fois accusée et reconnue coupable de violations des droits des exilé·e·s (notamment des refoulements de demandeur·euse·s d’asile syrien·ne·s [14]), mais ces décisions n’ont eu aucun effet : bien au contraire, la partie Sud de l’île continue de bénéficier du soutien de l’UE dans ses politiques migratoires attentatoires aux droits [15].
Espagne
- Telquel Maroc, « Sur CNN, Pedro Sánchez salue l’efficacité de la coopération migratoire avec le Maroc », le 4 février 2026
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a déclaré lors d’un entretien à la CNN que la coopération avec le Maroc a fortement réduit l’immigration dite « irrégulière » vers l’Espagne, qualifiant ce partenariat bilatéral essentiel pour la gestion des mouvements migratoires.
Cette déclaration intervient après la régularisation annoncée de 500 000 personnes exilées en Espagne et l’opposition explicite de Sánchez à la création de « centres de retour » hors des frontières européennes pour les demandeur·euse·s d’asile débouté·e·s [16].
Dans les faits pourtant, ce pays externalise systématiquement la gestion de ses frontières, en la confiant notamment au Maroc et à la Mauritanie [17]. Agissant dans le sillage de l’UE et de ses États membres, l’Espagne porte une responsabilité dans les violations des droits humains envers les exilé·e·s dans ces pays, largement documentées dans plusieurs rapports [18].
Italie
- Il Post, « Il governo ha approvato un disegno di legge che limita l’accoglienza dei migranti », le 11 février 2026
- Internazionale, « Il blocco navale che non è un blocco navale », le 17 février 2026
Le 11 février, le gouvernement italien a approuvé un projet de loi sur l’immigration introduisant de nouvelles mesures restrictives en application anticipée du Pacte de l’Union européenne sur la migration et l’asile. Le texte prévoit, entre autres, un “blocus naval” jusqu’à six mois pour de raisons de sécurité définies de manière vague, avec des lourdes amendes et la confiscation du navire en cas de non-respect de l’interdiction de navigation dans les eaux territoriales italiennes. D’ailleurs, les migrant·e·s à bord pourront être transféré·e·s vers des pays dits tiers autres que les pays d’origine, avec lesquels l’Italie aurait conclu des accords formels ou informels. Parmi les autres mesures prévues, figurent des procédures d’expulsion facilités, des critères plus stricts en matière de regroupement familial et de protection subsidiaire, ainsi qu’une réduction des garanties accordées aux mineur·e·s non accompagné·e·s.
Ce projet de loi contrevient aux obligations internationales en matière d’asile et de sauvetage en mer, et risque d’entraîner des refoulements collectifs aux frontières et en haute mer. Dans le sillage des récents textes européens sur le concept de « pays sûrs », ce projet expose les exilé·e·s à de graves violations des droits humains, notamment quant à l’examen individuel de leur demande d’asile. Soutenu par l’Union européenne, le gouvernement italien continue de se défausser de ses responsabilités en matière d’accueil et de protection, et de systématiser la criminalisation des migrant·e·s et des organisations solidaires [19].
Suède
- InfoMigrants, « À 18 ans, ils perdent le droit de rester dans le pays’ : vive émotion en Suède autour des expulsions d’adolescents étrangers », le 20 février 2026
En Suède, de nombreux·se·s jeunes exilé·e·s sont expulsé·e·s après avoir atteint la majorité. Une réforme adoptée en 2016 prévoit que les jeunes qui atteignent l’âge de 18 ans avant d’obtenir le statut de résident·e permanent·e ne sont plus considéré·e·s comme faisant partie de la cellule familiale de leurs parents. Ils et elles ne peuvent dès lors plus bénéficier du regroupement familial et sont privé·e·s du droit au séjour.
Les cas d’expulsion de ces jeunes vers des pays « d’origine », avec lesquels ils et elles n’ont en réalité que peu, voire aucun, lien effectif, se multiplient dans le contexte actuel du durcissement des politiques migratoire suédoises [20]. Le statut de résident·e permanent·e est de plus en plus difficile à obtenir par les mineur·e·s : les dossiers de regroupement familial sont souvent traités avec des délais qui entraînent la perte de protection pour certains jeunes [21]. Les garanties pour les familles sont affaiblies, et la Suède bafoue ses obligations internationales relatives au respect de la vie privée et familiale et de l’intérêt supérieur de l’enfant.
Royaume-Uni
- The Guardian, « Home Office says nearly 60,000 people deported from UK or left voluntarily since 2024 election », le 5 février 2026
Le gouvernement du Royaume-Uni affirme avoir expulsé 60 000 criminels et migrant·e·s sans droit au séjour depuis l’arrivée au pouvoir des travaillistes (juillet 2024). La récente augmentation des expulsions résulterait, selon certain·e·s, d’une tentative désespérée de contrer l’extrême droite (Reform UK devançant les travaillistes dans les récents sondages), par le biais d’une rhétorique populiste et criminalisante. Dans ce sillage, le Royaume-Uni a annoncé plusieurs fois de vouloir introduire dans sa législation des mesures visant à limiter les recours contre les expulsions à
travers le contournement de l’application de la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH). Notamment, via de lois visant à restreindre l’interprétation des articles 3 (interdiction des traitements inhumains ou dégradants) - qui ne souffre pourtant aucune exception [22] - et 8 (droit au respect de la vie privée et familiale). [23] [24]
Le pays figure parmi ceux ayant signé en 2025 une lettre ouverte [25] appelant à une interprétation plus restrictive de ces deux articles, ce qui pourrait permettre l’expulsion des exilé·e·s même en cas de renvois dangereux [26]. Le Royaume-Uni rejoint ainsi les États qui remettent en cause le droit international, ou cherchent à l’adapter pour le subordonner à l’idéologie anti-migratoire dominante.
Le concept de « pays sûrs »
- Le Monde, « Le Parlement européen adopte définitivement deux textes-clés pour durcir la politique migratoire », le 10 février 2026
Le 10 février, le Parlement européen a adopté deux textes sur le concept de « pays sûrs », grâce à une alliance de la droite et de l’extrême droite. Le premier établit une liste commune de pays d’origine considérés comme « sûrs », incluant la Tunisie, le Maroc, la Colombie, le Kosovo, l’Égypte, l’Inde et le Bangladesh. Les États membres devront appliquer des procédures accélérées pour examiner les demandes d’asile des ressortissant·e·s de ces pays, en partant du principe qu’ils et elles n’ont a priori pas besoin de protection. Le second texte, relatif aux « pays tiers sûrs », permet de déclarer irrecevable toute demande d’asile des personnes ayant transité par l’un de ces pays et de l’y expulser.
Pourtant, dans ces pays considérés comme « sûrs » par l’UE des violations systématiques des droits humains ont été largement documentées [27]. Par ailleurs, nul ne peut garantir qu’un pays soit sûr pour l’ensemble de ses ressortissant·e·s.
L’UE se défausse ainsi de ses responsabilités en matière d’asile, mettant en place un système punitif d’expulsions massives et systématisant la violation du principe de non-refoulement et du droit à un examen individuel des demandes d’asile.
Le Règlement « retour »
- The Guardian, « EU’s deportations plan risks ICE-style enforcement, rights groups warn », le 16 février 2026
L’UE négocie actuellement le « Règlement retour », qui vise à remplacer la Directive retour de 2008, qui est le cadre de détention et d’expulsion au sein de l’UE, qui viserait entre autres à étendre et normaliser les rafles et les mesures de surveillance dans les États membres. Ceux-ci seraient tenus de « détecter » les personnes sans droit au séjour, transformant ainsi les espaces du quotidien et les services publics en outils de contrôle, à l’image de l’ICE aux États-Unis (l’Immigration and Customs Enforcement) [28],
Plus de 80 associations ont signé une déclaration alertant que ce règlement « consoliderait un système punitif, alimenté par la rhétorique d’extrême droite et fondé sur la suspicion racialisée, la dénonciation, la détention et l’expulsion » [29].
Le projet de Règlement retour découle d’une proposition de la Commission européenne de mars 2025. Il a été approuvé dans une version plus répressive le 9 mars par la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen, sous l’impulsion d’une alliance entre la droite et l’extrême droite, et sera voté en plénière dans les prochaines jours. Parmi les mesures proposées figurent l’élargissement des moyens coercitifs, la facilitation des expulsions forcées et la légalisation des pratiques d’externalisation. Une énième atteinte aux droits des personnes exilées et à l’ordre démocratique européen.
