par réseau migreurop
| publié le 25 février 2008 |
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A Chypre, les lois sur l’immigration et l’asile ne respectent pas les standards de l’Union européenne, et placent migrants et réfugiés en situation de très grande précarité, notamment ceux qui se trouvent enfermés en camp de rétention. A Nicosie, ceux-ci sont maintenus dans des espaces nullement adaptés à la détention (promiscuité, surpopulation), alors que la loi chypriote ne prévoit pas de période maximale pour l’enfermement administratif des étrangers [1] . On y rencontre ainsi des personnes qui attendent depuis deux, voire trois ans, qu’il soit statué sur leur sort. Le médiateur de la République (Ombudsman) a réaffirmé à plusieurs reprises (2005, 2008) que la détention prolongée des étrangers, parmi lesquels des demandeurs d’asile, n’était pas acceptable et que la situation ne pouvait pas rester en l’état. Cette alerte est d’autant plus urgente que le nombre d’étrangers qui arrivent à Chypre pour y solliciter l’asile ou en transit augmente dans des proportions importantes [2].
Régulièrement, des incidents graves comme des grèves de la faim et des rébellions témoignent de cette situation, et sont réprimées avec violence. Rares sont les voix qui s’élèvent de l’extérieur pour dénoncer le traitement fait aux étrangers dans les centres de rétention. C’est le cas de l’association KISA, créée en 1998 à la suite à d’incidents racistes, qui mène des activités d’information et de sensibilisation destinées aux migrants, réfugiés, demandeurs d’asile et à la société chypriote. Aujourd’hui cette association est menacée par les autorités chypriotes, qui mettent en garde les migrants contre ses membres.
Entre le 28 janvier et le 3 février 2008, un groupe de femmes et d’enfants (en majorité de nationalité iranienne) sont venus camper aux abords du ministère de l’Intérieur pour crier leur désarroi, et sensibiliser l’opinion public à leur situation et à celles de leurs maris enfermés indéfiniment à Block Ten (centre de rétention de Nicosie). Soutenue par KISA, cette manifestation s’est terminée par des violences policières vis-à-vis des familles demandeuses d’asile et l’arrestation de Doros Polycarpou, responsable de l’association. Les autorités chypriotes reprochent indirectement à celui-ci d’avoir, au cours des derniers mois, signalé à des organismes internationaux que les autorités de la République de Chypre commettent régulièrement des violations des droits de l’homme, et plus particulièrement vis-à-vis des étrangers.
Criminaliser l’assistance aux étrangers et discréditer les défenseurs des droits de l’homme sont des méthodes fréquemment utilisées pour dissuader les citoyens d’apporter une aide aux migrants et aux demandeurs d’asile . Le gouvernement chypriote ne saurait masquer les insuffisances de son dispositif d’accueil des étrangers par la répression de ceux qui en sont victimes. Refusons le « délit de solidarité » [3] à Chypre comme ailleurs, Apportons notre soutien à l’association KISA.
[1] Voir Parlement européen, « Condition des ressortissants de pays tiers retenus dans des centres (camps de détention, centres ouverts ainsi que des zones de transit), avec une attention particulière portée aux services et moyens en faveurs des personnes aux besoins spécifiques au sein des 25 Etats membres de l’UE »
[2] Alors que le nombre de demandes d’asile au sein de l’Union Européenne a diminué entre 2002 et 2007, à Chypre, le nombre de demandes a fortement augmenté durant la même période (951 en 2002 contre 6 784 en 2007). Source : UNHCR
[3] Voir « Procès d’Agrigente, non au délit de solidarité », communiqué de Migreurop, 1er septembre 2007, http://www.gisti.org/spip.php ?article973
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